vendredi, novembre 24, 2006

Je m'appelle Amosterdam, j'ai 26 ans ...

Je m'appelle Amosterdam de Ziskin,

J'ai 26 ans, et je suis ce que le Théorie Classque nomme un JCLJ ("joueur compulsif laïc juif").

C'est à ce titre que je m'adresse à vous, pour exprimer en toute discrétion les traumatismes qui me tiraillent et tenter d'obtenir auprès de vous des réponses autres que : "arrête de jouer" et "ya ka remplacer les jetons par des lacets et autres tapis sûuuuuuurs" qui n'auraient de valeur que leurs apports caloriques action qui n'est, si j'en crois mon diététicien, pas recommandé à mon estomac non plus.

Le type de personne que je suis ne maîtrise plus l’argent qu’il est en mesure de dépenser, à partir du moment où il a commencé à jouer. Quel que soit le jeu auquel il se livre (Texas Holdem, Double Holdem, Stud à 5 cartes, l'Omaha, le Pineapple, le Courchevel, l'Aviation, le Kid ou encore le Nullot fermé), il le fait dans la déraison car son comportement est irrationnel (i.e. proposer un pok ce soir alors qu'il a joué et perdu 3 tournois d'affilés la veille, joué l'avant-veille sur internet et perdu jusqu'au plafond de sa Master Card ING, et le mardi précédant à Breda ou, fautes d'avoir réservé une place à table, il s'est rabattu sur une pauvre roulette sur laquelle il a misé 19 fois de suite ROUGE en doublant la mise martingalement et que ce qui est sorti c'est 14 fois le NOIR et 5 fois le zéro).

En cas de compulsion, la recherche fondamentale du joueur que je suis quitte les voies du registre rationnel pour favoriser celles de l’émotionnel (i.e. doubler le blind systématiquement pour avoir une flush de pic lorsqu'on a uniquement un 2 de pic entre les mains). J'en veux pour preuve l’usage de chiffres fétiches ou de martingales imaginaires dont usent la plupart des joueurs compulsifs (i.e. all in avec un 3 et un 7 parce que mon chien est mort un certain 3 juillet 1995 en avalant un jeton de 500 points sous la table du salon).

Ces joueurs retirent de leur activité une anxiété et bientôt une angoisse qu’inconsciemment il cultive et qui leur procure une jouissance exceptionnelle (i.e. lorsque, pour la première fois du tournoi, après 58 minutes de fold successifs, je remporte une mise, même minuscule, j'entonne un petite chansonnette qui remplace le hurlement de joie animal, jouissif, que je prononcerais si ma mère ne m'avait pas dit que la vie en société n'était pas exactement comparable à la jungle animalière).

À l’analyse, on peut dire que le joueur compulsif joue pour vivre cet état d’émotion intense et, en second lieu seulement, pour gagner de l’argent (i.e. le Syrien qui, par Amour du jeu et des sensations qu'il procure, tolère ne gagner que 83,33% de ce qui lui revenait en théorie car certains se sont cru permis de ne pas comptabiliser l'un ou l'autre buy in discrets...).


Ayant rendez-vous chez mon psychiatre dans 4 minutes (j'ai la chance d'en avoir un à la maison), je vous laisse méditer sur cette phrase prononcée par un vieil ami (DK) le jour de sa 7ème tentative de suicide : « Le seul moment où je me sentais à ma place était quand je jouais. C’est là que paradoxalement je me sentais en sécurité et à mon aise. Je savais que je me détruisais, mais en même temps je ressentais un sentiment de sécurité. J’étais dans un état de jouissance et d’excitation sublime ... état qui m'a amené la ou je suis aujourd'hui »

Sur ce, un petit pok dimanche ?